Une étudiante kabyle qui aurait pu être la fille, la sœur, l’amie…de chacun de nous, est sauvagement agressée par un « agent de sécurité » dans l’enceinte même de la cité universitaire où elle réside (M’douha) à Tizi Ouzou. Le motif est éminemment politique : avoir brandi le drapeau kabyle (Trois autres étudiantes seront traduites devant le conseil de discipline de la même cité universitaire, ce jeudi 08 février, pour le même motif). Bien entendu, il faut plus qu’une moelle épinière pour que son agresseur puisse comprendre la portée politique de son attaque qui, à son niveau, est à mettre sur le compte de la lâcheté et de la criminalité.

Comble de l’insensé, un voyou est recruté pour assurer la sécurité des étudiantes et depuis le printemps noir de 2001, ce genre d’opération s’est amplifié au point de voir la délinquance locale et des repris de justice recrutés à tout-va, dans tous les secteurs et au niveau de toutes les institutions de Kabylie et ce, y compris dans des endroits sensibles comme les établissements scolaires, les cités universitaires… où, l’éthique, le sens des responsabilités, voire la loi, recommandent de n’enrôler que sur la base d’un casier judiciaire vierge et d’un certain niveau d’instruction et de conscience. Ce phénomène est donc loin d’être un malheureux concours de circonstances, puisque, tous les éléments indiquent qu’il s’agit d’une entreprise réfléchie en haut lieu, visant à installer la Kabylie dans l’insécurité chronique pour justifier tous les abus, toutes les violences politiques et, par ricochets, neutraliser toute mobilisation populaire d’ordre politique, culturel et social qui échapperait à la mainmise du régime algérien. Au lancement de ce plan machiavélique qui n’est qu’un segment d’une politique de pourrissement et d’appauvrissement plus globale qui ne pourrait être étalée ici, dans un seul texte, on parlait alors d’opération « promotion et recyclage de la délinquance et de la criminalité » en Kabylie.

Aussi, la violence d’hier qui a visé l’étudiante de la cité universitaire de M’douha n’est pas la première du genre, loin s’en faut, mais, c’est manifestement la plus grave à tout point de vue puisque; la jeune fille s’est retrouvée aussitôt à l’hôpital dans un état critique, le médecin aurait refusé de délivrer un certificat médical, piétinant ainsi la déontologie médicale et, par la même occasion, confirmant, si besoin est, l’existence de pressions politiques évidentes… l’étudiante a été agressée dans l’enceinte même de sa résidence universitaire où elle est sensée être protégée, l’agresseur n’a été inquiété ni par la direction de la cité universitaire, ni par la police algérienne… Dans ce décor frappé du sceau de l’omerta, organisations des droits de l’homme, partis politiques kabyles, presse écrite privée, intellectuels… se confinent, une fois de plus, dans le silence et l’indifférence, ce qui, là encore, est loin d’être un fait nouveau.

A ce propos, quelle piètre et nauséeuse conception se fait-on de la justice, de la solidarité et de la lutte politique, voire de la dignité, si le motif de ce silence assourdissant et donc, de la caution à la violence politique, n’est motivé que par le fait que la victime se soit inscrite dans une vision politique autre que la leur ? En revanche, si c’est un silence instinctif, c’est que ces gens-là sont, au mieux, une vulgaire imposture, au pire, des domestiques dociles du régime algérien qui est le maître d’ouvrage de cette violence politique qui s’est banalisée, en partie, à cause de ces postures.

Sur un autre plan, s’il faut reconnaître un seul avantage à cette violence politique endémique et multiple, c’est qu’elle taille en pièces tous les chimériques acquis linguistique et/ou politiques de ces cinquante-six dernières années.

Ceci dit, dans une telle situation, le temps n’est pas aux analyses car, une jeune fille, une étudiante, une militante est dans un état qui appelle en urgence notre solidarité et notre soutien. Cette réaction devrait être concrète, collective et organisée pour ne pas perdre du temps. Ainsi, ceux qui connaissent de près la victime, devraient agir dans ce sens et faire appel à chacun de nous pour intervenir là où c’est utile et nécessaire. En amont et dans l’immédiat, lui fournir tous les moyens pour se soigner me parait être la priorité. Ensuite, il y a lieu de bien l’entourer et de l’emmener dans les bureaux de la presse locale (Liberté, El Watan, Le soir…) qui bien que décevante à bien des égards, il y aura au moins une ou deux petites brèves qui sont susceptibles d’informer l’opinion publique et c’est l’unique arme dont nous disposons présentement pour mobiliser afin que cette violence et l’impunité qui la sous-tend soient réduites, à défaut d’être bannies définitivement, ce qui ne peut se faire que si la source du mal disparaissait.

En aval de cette exigence en matière d’information et de sensibilisation, la communauté universitaire; étudiants, enseignants et autres… doit réagir très vite par un mouvement de protestation à la mesure de la gravité des faits (grève, marche, sit-in devant la cité universitaire où la fille a été agressée…etc). En même temps, même si la justice algérienne est ce qu’elle est, une action contre le lâche agresseur doit être préparée et lancée aussi bien par la jeune militante que par des représentants de cette communauté (universitaire). Ce devoir de solidarité au niveau de la fac me parait plus qu’indispensable, c’est aussi un devoir et une tradition au niveau de l’université de Tizi Ouzou en particulier et des universités de Kabylie en général.

A une plus grande échelle, la saisine par les associations, collectifs et autres… de la diaspora kabyle mais aussi par le GPK, des instances internationales et autres ONG des droits humains, est un impératif qui ne saurait être différer pour quelque raison que ce soi.

Enfin, les réseaux sociaux ne doivent plus donner l’illusion d’être dans l’action. Leur utilité pour faire circuler plus vite l’information est évidente mais, la seule action qui vaille, c’est celle qui a lieu dans la réalité, sur le terrain et, à ce niveau, aucune action n’est inutile malgré toutes les certitudes et les appréhensions, du reste largement justifiées, qu’on peut avoir.

Mon soutien agissant est total pour cette militante kabyle, pour les trois autres qui subiront un conseil de discipline aussi arbitraire que stupide et, à travers elles, pour l’ensemble de la famille estudiantine de Tizi Ouzou.

Allas DI TLELLI
08/02/2018

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