Réponse au communiqué de TSA

Après le communiqué dans lequel je dénonçais mon licenciement arbitraire, j’ai pensé à entamer la procédure administrative qui s’imposait, trouver un autre emploi et tourner la page. Et que la vie continue ! Malgré tout, je ne peux que souhaiter bon courage à tous mes confrères de TSA.

Mais au vu des éléments de réponse contenus dans le communiqué rédigé par la direction de TSA, je me vois dans l’obligation de réagir car au lieu de reconnaitre leur maladresse, d’assumer et même de s’excuser, ils ont versé dans le mensonge et la diffamation pour me salir devant l’opinion publique.

Ainsi, depuis le 16 décembre 2013, j’adressais chaque jour une caricature à TSA. Le 02 janvier 2014, j’ai signé officiellement mon contrat avec le journal. Prenant effet à partir du 05 janvier 2014, c’est bel et bien un contrat à durée indéterminée (CDI). Je n’étais pas payé à la pige mais je percevais un salaire mensuel.

Il y avait une entente orale entre nous : je ne devais pas faire de dessins à caractère sexuel et je ne devais pas aborder la question de la religion. J’ai respecté scrupuleusement la ligne du journal et tenu mes engagements. Chaque fois que je présentais une caricature, elle respectait les règles établies. Cependant, n’ayant pas signé de contrat d’exclusivité avec TSA j’avais le droit de publier mes caricatures sur ma page Facebook. La Rédaction de TSA était parfaitement d’accord avec cela. On me disait que ce qui se passe sur Facebook n’engage que moi-même. Je faisais des caricatures qui plaisaient à certains et déplaisaient à d’autres. C’est la démocratie.

Au moment où j’ai reçu des menaces après les attentats contre Charlie, TSA m’a soutenu et a proposé de me louer un appartement à Alger pour ma sécurité ! Ils savaient que je publiais ailleurs !
En publiant mes dessins sur les réseaux sociaux, j’ai reçu régulièrement des insultes et des menaces. Par exemple, le 24 septembre 2016 à 22h51 j’ai reçu un message où on me disait : « On t’a fait une bonne pub avec les menaces, maintenant plus de menace on va te licencier de tous les endroit où tu travailles, on sait comment faire pression. Adieu gribouilleur ».

J’ai pris cela au sérieux et j’ai demandé qu’on trouve l’adresse IP de cette personne qui me menaçait à chaque publication. J’ai fait une capture d’écran du message de menace et je l’ai envoyée à M. Guemache Lounès. Il a tardé un peu à me répondre, quand il a répondu le 23 décembre 2016 à 19h15 il a dit :  » … les critiques c’est bien de les regarder mais ça ne doit pas te bloquer « . Mais à ce que je vois, plus d’une année après, la personne sait vraiment comment faire pression ! Je publie ici les dessins auxquels ils ont fait allusion dans leur communiqué. On est à l’ère de la technologie, les captures d’écran et les enregistrements téléphoniques sont possibles.

Lors de la cérémonie du 14 juillet 2017 organisée par la résidence de l’ambassade de France, j’ai discuté avec Lounès Guemache de la polémique créée par le dessin publié le 12 juillet 2017 sur ma page. Je lui ai expliqué qu’il n’y avait rien de raciste dans mon dessin mais juste de l’humour, de second degré. Il m’a répondu en disant :  » Il y a des gens qui ne connaissent pas ce qu’est la caricature ! ». Après cette discussion, un photographe bien connu est arrivé et M. Guemache lui a dit en ces termes :  » Lui, c’est notre star ! ». À aucun moment, il ne m’a mis en garde sur la publication de mes dessins sur Facebook.

Et quand Coluche, dont je suis vraiment fan, fait des blagues sur les belges, les noirs, les arabes ou les juifs ! L’a-t-on traité de raciste ? Bien sûr que non ! Tout le monde savait que c’est juste de l’humour. J’ai fait aussi des dessins où j’ironisais sur les kabyles. Cela veut-il dire que je déteste les kabyles ? Non, c’est de l’autodérision. C’est juste pour rire ! Il n’y dedans ni haine ni méchanceté. Je comprends que parfois, ça peut blesser certaines gens, mais cela n’a jamais été mon but.

Pour me présenter comme un vulgaire raciste (Les arabes présentés en France comme des bougnoules), dixit le communiqué de TSA, on est allé jusqu’à détourner l’un de mes dessins. Le titre du dessin en question est le suivant : Les soins dans les hôpitaux de Paris payables à l’avance pour les étrangers. Sur une pancarte à l’entrée de l’hôpital il est écrit : « La maison ne fait pas crédit aux bougnouls ! » TSA m’a attribué ces propos que moi-même j’ai attribué aux racistes ! Voici la capture d’écran du dessin en question et tout le monde peut se faire sa propre opinion.

C’était une réalité traduite en dessin. Je ne fais que m’inspirer de la réalité. Lorsque je l’ai envoyé à TSA, j’ai reçu un mail où on me disait que c’était un peu trop. C’était leur avis, je le respecte. J’ai envoyé un autre dessin pour la rédaction, tout en publiant celui qui a été refusé sur Facebook ! Là encore, y a pas eu de problème. Ils savent bien que les dessins censurés, je les publie sur ma page Facebook. Les gens ont quand même de la jugeote et du sens de l’humour. Personne ne m’a fait quelconque remarque, dans les commentaires ou ailleurs un prétendu caractère raciste du dessin.

Ceux qui me connaissent savent bien que je ne suis pas raciste et les lecteurs ont l’esprit assez ouvert au point de me comprendre comme il se doit. Même à TSA, ils le savent. Mais le manque d’arguments les a poussés à verser dans le mensonge.

Le blocage du site remonte au 5 octobre 2017. Au moment où je me trouvais aux États-Unis, soit à partir du 21 octobre 2017, mes contacts avec TSA étaient au beau fixe. D’ailleurs la veille de mon départ, j’ai appelé M. Hamid Guemache pour lui dire que je partais le lendemain et que c’est possible que je n’envoie pas de dessin quelque fois au vu du programme très étoffé. Il m’a souhaité bon voyage et il m’a dit de ne pas me faire de soucis. M. Lounès Guemache m’a envoyé un email le 22 octobre 2017 à 21h 13 (heure d’Alger), pour me souhaiter un bon séjour et me demander de ne pas oublier de parler de la censure de TSA aux USA. Jusque-là, je n’avais aucun problème avec eux.

Le 25 octobre 2017 à 9h10 (heure d’Alger), un article sur TSA, dont le titre était « Blocage de TSA : la réponse d’Ouyahia». À propos de TSA, il a parlé des caricaturistes qui s’adonnent aux insultes mais qui ne sont pas poursuivis en justice. J’ai riposté par un dessin le représentant et où il disait : « On les tabasse seulement ». Depuis ce jour, j’envoie quotidiennement mes dessins, sans qu’aucun d’eux n’ait été publié. Ils n’ont même pas pris la peine de m’adresser un message d’avertissement ou autre… Rien ! Ensuite, j’ai découvert que mon espace caricatures a sauté, sans que je ne sois informé auparavant. Mes nombreux emails et appels téléphoniques sont restés sans réponse jusqu’au jour où M.Hamid Guemache m’a appelé, soit le 13 novembre 2017 à 10h23, durée d’appel 21 mn 52 s. C’est là que j’ai appris ma suspension pour les dessins publiés sur ma page Facebook où il était question de sexe, religion, racisme… C’est la première fois qu’il m’a parlé de mes dessins publiés sur Facebook. Il m’a affirmé que le dessin du 1er octobre 2017 coïncide avec le blocage du site à partir du 5 octobre 2017. À ma connaissance, on ne peut pas bloquer un site pour un dessin publié ailleurs, sur une page Facebook. Il m’a parlé aussi de deux autres dessins publiés le 12 juillet 2017 qui étaient selon lui antireligieux et raciste. Il m’a demandé de supprimer ces trois dessins gênants, ce qui était une première. Je l’ai fait dans l’immédiat car j’ai pensé à l’intérêt du journal et de tous mes collègues. J’ai cru qu’en les supprimant, le journal allait être débloqué. Il a terminé en disant de les supprimer tout de suite pour ma réintégration mais sans avoir fixé de date. Une semaine après leur suppression, le site restait toujours bloqué.

En date du 20 novembre 2017 à 17h31, j’ai envoyé un mail à M. Hamid Guemache dont voici le texte : « C’était suite à notre dernière conversation téléphonique du 13 novembre 2017, après la suppression de l’espace caricature du site TSA, que j’ai appris ma suspension à cause de la publication de certains de mes dessins sur ma page facebook qui, d’ailleurs, ne le sont plus. Comme prévu, je ne vous ai pas envoyé de dessin depuis ce jour-là.

Mon salaire étant ma seule source financière, il est d’une importance vitale pour moi car je suis comme vous, j’ai des charges et une vie à gérer. Qu’est-ce que je vais devenir ? Je dois savoir ce qu’il faut faire, si je dois chercher un autre emploi, quitter le pays ou trouver une autre solution. Après les menaces et le tabassage, voilà venue la suspension qui, peut-être, est un licenciement. J’espère que vous serez compréhensif, car nous sommes dans la même galère.

J’aurais bien aimé qu’il y ait une certaine solidarité et un soutien de votre part après 4 ans passés ensemble. Maintenant, je veux juste avoir quelques éclaircissements pour pouvoir déterminer mon avenir.

– Pendant combien de temps encore vais-je m’abstenir de vous envoyer mes dessins ? Car sans traçabilité, ça ressemblerait à un abandon de poste de ma part.
– Est-ce que je vais continuer à percevoir mon salaire durant cette suspension ?
– La durée de ma suspension va être de combien de temps, plus exactement ? »

Et je n’ai reçu aucune réponse de sa part.

Dans le communiqué de TSA, ils ont écrit :  » Depuis son licenciement, il a supprimé quelques caricatures obscènes et à caractère raciste de sa page Facebook. Pourquoi ? Si Ghilas Ainouche estime qu’il a été victime d’une censure, pourquoi s’est-il autocensuré sur Facebook ?  »

Monsieur Hamid Guemache, vous savez très bien que c’est vous qui m’avez dit par téléphone, le 13 novembre 2017, de les supprimer pour l’intérêt du journal et pour ma réintégration. J’assume parfaitement mes dessins et que je ne m’autocensure pas, je l’ai fait pour vous ! Je l’ai même mentionné dans le mail que je vous ai adressé le 20 novembre 2017 (voir le texte ci-dessus ).

Finalement, ce ne sont pas ces trois dessins qui posent problème, c’est moi-même !

J’ai les captures d’écran de tous les messages reçus ou envoyés, les enregistrements des derniers appels entrants ou sortants entre les responsables de TSA ( les deux frères Guemache ) et moi.

Je suis prêt à tout balancer pour que l’opinion publique sache la vérité. Que tout le monde sache que ce n’est pas l’acte en lui-même qui fait mal mais la manière humiliante et méprisante avec laquelle j’ai été éjecté. Quand on ne trouve pas d’arguments on se met à raconter des mensonges, des inventions.

Je me suis investi dans ce journal de manière rigoureuse et ponctuelle et durant 4 ans j’ai fait chaque jour un dessin sans prendre du congés ni recevoir de 13e mois. J’ai abandonné même mes études de génie civil à l’université de Béjaïa en 2014, pour me consacrer entièrement à la caricature.

Quand je bossais avec vous, quand je parlais de vous à la télé et dans les journaux, j’étais un collaborateur permanent. Vous étiez bien satisfait, j’étais la star ! Mais quand est venu l’ordre de vous débarrasser de moi, je suis passé de CDI à pigiste, de la star au raciste qui fait des dessins vulgaires, sur la religion qui a dépassé vos limites.

Comme dit l’adage : « Quand on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage » !

Ghilas AÏNOUCHE