Déclaration

Nous exigeons la libération immédiate de Merzoug Touati

Merzoug Touati, jeune blogueur d’une trentaine d’années vient d’être condamné à sept ans prison ferme par la Cour d’appel de Béjaïa, le mercredi le 21 juin. En première instance, il a écopé d’une peine d’emprisonnement de dix ans. Malgré les plaidoiries de ses avocats qui ont démontré, encore une fois, l’absurdité d’un tel procès à sens unique, uniquement à charge, la justice s’enfonce dans l’arbitraire. Nous, citoyennes et citoyens du Québec et du Canada de tous les horizons de la société civile, dénonçons ce jugement inique qui met en danger une valeur fondamentale des sociétés libres, la liberté d’expression, un principe garanti par la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 (article 19) et consacré par la Constitution algérienne.

Nous constatons avec effroi que la justice n’a pas hésité à condamner, en seconde instance, un citoyen honnête qui n’a fait qu’exercer sa liberté d’expression en réalisant une interview avec un diplomate israélien diffusée sur son blogue al-Hogra (l’arbitraire), le 9 janvier 2017. Et alors? Depuis quand interviewer un responsable israélien est-il passible d’une sanction pénale? D’après quelle disposition de la loi une telle restriction existe? Aucune. Alors, si le dossier juridique de Touati est vide où faut-il chercher des explications pour donner un sens à ce procès? C’est en se plaçant sur le terrain politique que l’on réalise que la justice a été instrumentalisée (encore une fois) pour museler la société civile, la désarmer intellectuellement, restreindre les libertés individuelles et diaboliser les opposants politiques. A travers ce jugement, voilà le message que le pouvoir envoie à la société dans son ensemble: « quiconque s’engage à participer pacifiquement au débat public se trouvera, tôt ou tard, derrière les barreaux !» Nous condamnons fermement cette immonde stratégie. En adoptant une telle démarche, le pouvoir démontre son incapacité à respecter l’État de droit. Pire encore, il crée les conditions de la déstabilisation du pays dans son ensemble à un moment crucial de notre vie collective, à la veille de l’échéance présidentielle.

Nous exprimons notre plus vive solidarité à l’endroit de Merzoug Touati et de sa famille et nous saluons chaleureusement la mobilisation citoyenne en sa faveur portée par des comités de soutien et de solidarité, en Algérie, ainsi que par des organisations de défense des droits humains. Nous sommes reconnaissants envers l’équipe d’avocats qui a plaidé la cause du jeune blogueur. Nous restons mobilisés pour la libération de Merzoug Touati et déterminés à faire connaître sa cause à l’échelle internationale. Nous appelons tous les citoyens épris de justice à exiger sa libération. Notre démarche se veut non partisane et s’inscrit dans un large mouvement de solidarité avec l’ensemble des détenus d’opinion en Algérie.

Pour le Comité de soutien: Ali Kaidi, professeur de philosophie; Belkacem Nasri: militant associatif; Djemila Benhabib, politologue et écrivaine; Nacer Irid: Ingénieur